[…] les femmes de l’Ancien Régime, reines des salons et, plus tôt, des ruelles, n’avaient pas songé à franchir votre seuil, et peut-être eussent-elles cru déchoir, en le faisant, de leur souveraineté féminine. Elles inspiraient les écrivains, les régentaient parfois et, fréquemment, ont réussi à faire entrer l’un de leurs protégés dans votre Compagnie, coutume qui, m’assure-t-on, dure jusqu’à nos jours; elles se souciaient fort peu d’être elles-mêmes candidates. On ne peut donc prétendre que dans cette société française si imprégnée d’influences féminines, l’Académie ait été misogyne; elle s’est simplement conformée aux usages qui volontiers plaçaient la femme sur un piédestal, mais ne permettaient pas encore de lui avancer officiellement un fauteuil. […]
Marguerite Yourcenar, Discours de réception à l’Académie française. Diffusion le 22 janvier 1981 (extraits), “Interactualités” – do CD que acompanha a reedição comemorativa dos trinta anos da colecção L’Imaginaire Feux.
Marguerite Yourcenar

